Vous avez un grand-parent né en Italie ? Pendant des décennies, ce seul lien familial suffisait à obtenir la nationalité italienne, sans limite de génération. Ce temps est révolu.
Le 28 mars 2025, le gouvernement Meloni a adopté en urgence le décret-loi n° 36/2025, converti en loi le 23 mai 2025 (loi n° 74/2025). Cette réforme a profondément modifié les règles du jus sanguinis — le droit du sang. Si vous êtes Français et envisagez une demande, voici ce que vous devez savoir.
Sommaire
- Les différentes voies pour obtenir la nationalité italienne
- La réforme 2025 du jus sanguinis : ce qui change vraiment
- Qui est encore éligible après le décret Tajani ?
- La procédure étape par étape et les documents à réunir
- À qui s’adresser : consulats, délais et frais
- Double nationalité franco-italienne : ce que vous devez savoir
Les différentes voies pour obtenir la nationalité italienne
Le jus sanguinis n’est pas la seule façon de devenir citoyen italien. Il en existe quatre principales :
| Voie d’accès | Condition principale | Délai minimum |
|---|---|---|
| Filiation (jus sanguinis) | Parent ou grand-parent exclusivement italien | 2 à 4 ans (voir réforme 2025) |
| Mariage | Marié(e) à un(e) citoyen(ne) italien(ne) | 2 ans en Italie / 3 ans à l’étranger |
| Résidence (naturalisation) | Résidence légale et continue en Italie | 3 ans (UE) · 10 ans (autres) |
| Naissance sur le territoire | Né(e) en Italie de parents étrangers | À la majorité |
Pour les Français d’origine italienne, c’est la voie par filiation qui est la plus courante — et c’est elle qui a été profondément remaniée en 2025.
La voie par mariage reste inchangée : si vous êtes marié(e) à un(e) ressortissant(e) italien(ne) et résidez en Italie, vous pouvez déposer une demande après deux ans de mariage. Ce délai est réduit de moitié si le couple a des enfants en commun.
La réforme 2025 du jus sanguinis : ce qui change vraiment
Jusqu’au 27 mars 2025, la législation italienne était l’une des plus libérales d’Europe. Tout descendant d’un ancêtre émigré après 1861 pouvait demander la nationalité, sans aucune limite de génération. Résultat : plus de 60 000 procédures judiciaires étaient en cours rien qu’en 2024, et les consulats étaient saturés.
Le gouvernement Meloni a donc adopté en urgence le décret Tajani (du nom du ministre des Affaires étrangères) pour mettre fin à ce système.
Ce que prévoit la loi n° 74 du 23 mai 2025
Désormais, une personne née à l’étranger et déjà titulaire d’une autre nationalité ne peut plus se voir reconnaître automatiquement la citoyenneté italienne — sauf si elle remplit l’une des conditions du nouvel article 3-bis de la loi n° 91/1992 :
- Avoir un parent ou grand-parent qui possède (ou possédait au décès) exclusivement la nationalité italienne
- Avoir un parent qui a résidé légalement en Italie pendant au moins 2 ans continus après avoir obtenu la nationalité italienne, et avant la naissance du demandeur
Qui est encore éligible après le décret Tajani ?
Vous êtes probablement éligible si…
- Vous avez un parent ou grand-parent qui possédait uniquement la nationalité italienne (sans autre nationalité)
- Vous avez un parent qui a résidé légalement en Italie pendant au moins 2 ans continus avant votre naissance
- Votre demande a été reçue par le consulat avant le 27 mars 2025 à 23h59 (heure de Rome)
Vous n’êtes probablement plus éligible par filiation si…
- Votre lien avec l’Italie remonte à la 3e génération ou au-delà (arrière-grand-parent ou plus loin)
- Aucun de vos parents ou grands-parents ne détient exclusivement la nationalité italienne
- L’ancêtre italien s’est naturalisé étranger avant la naissance de ses enfants (chaîne interrompue)
Cas particulier : les femmes italiennes mariées avant 1948
Avant 1948, la loi italienne de 1912 prévoyait qu’une femme italienne perdait automatiquement sa nationalité en épousant un étranger. Suite à un arrêt de la Cour de cassation de 2009, les descendants de ces femmes peuvent faire reconnaître la citoyenneté italienne — mais uniquement par voie judiciaire, via les tribunaux italiens.
La procédure étape par étape et les documents à réunir
Les 6 étapes clés
- Vérifiez votre éligibilité — Établissez l’arbre généalogique de votre lignée italienne et identifiez à quelle génération se trouve votre ancêtre de nationalité exclusivement italienne.
- Rassemblez les actes italiens — Contactez la commune (comune) d’origine de votre ancêtre. Le service numérique ANPR facilite ces recherches depuis 2023. Les actes des communes italiennes sont automatiquement apostillés.
- Apostillez et faites traduire les documents français — Tous les documents étrangers doivent être apostillés et traduits en italien par un traducteur assermenté. Comptez environ 35 €/page, soit 800 à 1 200 € pour un dossier complet.
- Constituez votre dossier complet — Toute pièce manquante allonge considérablement les délais.
- Déposez votre dossier et réglez les frais — 600 € depuis le 1er janvier 2025, par virement bancaire. Ce paiement ne garantit pas l’issue positive.
- Suivez l’avancement via le portail Fast It — En cas de demande de pièces complémentaires, vous disposez de 90 jours pour répondre.
Documents à fournir
Pour vous :
- Acte de naissance intégral, apostillé et traduit en italien
- Certificat de nationalité française (ou décret de naturalisation)
- Copie de la pièce d’identité en cours de validité
- Formulaire de demande complété et signé
Pour chaque génération intermédiaire :
- Acte de naissance intégral (apostillé et traduit si étranger)
- Acte de mariage (apostillé et traduit)
- Acte de décès si applicable
- Certificat de nationalité française ou décret de naturalisation
Pour l’ancêtre italien :
- Acte de naissance délivré par la commune italienne d’origine
- Preuve qu’il n’a pas renoncé à la nationalité italienne avant la naissance de ses enfants
À qui s’adresser : consulats, délais et frais
Depuis la réforme, les demandes de reconnaissance par filiation sont centralisées à la Farnesina (ministère des Affaires étrangères, Rome). Mais le dossier physique s’envoie toujours par courrier au consulat général compétent selon votre lieu de résidence.
| Consulat | Zone de compétence | Délai moyen observé | Frais |
|---|---|---|---|
| Paris | Île-de-France et nord-est | ~32 mois | 600 € |
| Lyon | Rhône-Alpes, centre-est | ~24 mois | 600 € |
| Marseille | Sud-Est, PACA | ~26 mois | 600 € |
| Metz | Grand Est | ~14 mois | 600 € |
| Nice | Alpes-Maritimes | ~20 mois | 600 € |
En cas de refus ou d’absence de réponse
Si le consulat ne répond pas dans un délai de quatre ans, ou en cas de refus explicite, il est possible de saisir le tribunal de Rome. Cette démarche nécessite l’assistance d’un avocat spécialisé en droit de la nationalité italienne.
Double nationalité franco-italienne : ce que vous devez savoir
La bonne nouvelle : la double nationalité franco-italienne est totalement légale. Vous n’avez pas à renoncer à votre passeport français.
Les avantages concrets
- Mobilité européenne : droit de résider, travailler et étudier librement dans les 27 pays de l’UE
- Vie en Italie : pas de permis de séjour, accès aux soins publics (SSN), droit de vote
- Passeport puissant : accès sans visa dans plus de 190 pays
- Transmission aux enfants : possible, dans le respect des nouvelles règles 2025
Ce qu’il faut retenir
La réforme du 28 mars 2025 a mis fin à l’une des législations les plus permissives d’Europe en matière de nationalité par filiation. Si vous avez un parent ou grand-parent de nationalité exclusivement italienne, vous pouvez encore prétendre à la reconnaissance — mais les délais s’allongent et les exigences documentaires se renforcent.
Si votre lien avec l’Italie remonte à la troisième génération ou au-delà, et qu’aucun de vos parents ou grands-parents ne détient uniquement la nationalité italienne, la voie du jus sanguinis vous est désormais fermée. Tournez-vous alors vers la résidence ou le mariage.
L’action concrète à mener dès maintenant : établissez votre arbre généalogique, identifiez le degré de parenté avec votre ancêtre et vérifiez qu’il possédait exclusivement la nationalité italienne. En cas de situation complexe, consultez un avocat spécialisé avant de constituer votre dossier.
Questions fréquentes sur la nationalité italienne
Ma grand-mère est née en Italie mais a acquis la nationalité française par mariage. Puis-je quand même faire une demande ?
Cela dépend du moment de la naturalisation. Si votre grand-mère a renoncé à la nationalité italienne avant la naissance de votre père ou de votre mère, la chaîne de transmission est considérée comme rompue. En revanche, si la naturalisation est intervenue après la naissance du parent intermédiaire, ou après le 15 août 1992, la transmission peut être maintenue. Chaque situation est unique : faites-vous conseiller par un professionnel.
Combien de temps faut-il compter réalistement depuis la France ?
Entre 2 et 4 ans selon le consulat. Paris affichait un délai moyen de 32 mois en 2024. Des délais légaux ont été instaurés : 2 ans pour les demandes déposées jusqu’au 31 décembre 2025, et 3 ans pour les suivantes. Metz reste historiquement l’un des consulats les plus rapides (~14 mois).
J’avais préparé mon dossier avant le 27 mars 2025 mais je ne l’avais pas encore envoyé. Suis-je soumis aux nouvelles règles ?
Oui. Seules les demandes réellement reçues par le consulat avant le 27 mars 2025 à 23h59 (heure de Rome) restent régies par l’ancienne législation. Le fait d’avoir préparé ou même posté votre dossier avant cette date ne suffit pas : c’est la date de réception effective qui compte.
Cet article a été rédigé à titre informatif sur la base des textes législatifs en vigueur en avril 2026. Consultez toujours le site du consulat compétent ou un avocat spécialisé avant d’entamer vos démarches. allerenitalie.com n’est pas un cabinet juridique.




